Préparer sa grille salariale pour la transparence des rémunérations : méthode en 6 étapes

Publié le 10 septembre 2026 · Mis à jour le · L'équipe Simulateur Transparence Salariale

Préparer sa grille salariale pour la transparence des rémunérations consiste à définir des catégories de travail de même valeur, des critères de rémunération objectifs et non sexistes, et des fourchettes par niveau, puis à mesurer les écarts femmes-hommes par catégorie et à corriger ceux qui dépassent 5 % sans justification. C'est le socle commun des articles 5, 6, 9 et 10 de la directive (UE) 2023/970. Le calculateur d'écart sert de test à chaque étape.

Étape 1 : inventorier les postes et les rémunérations réelles

Partez de la paie : pour chaque salarié, la rémunération annuelle brute, ses composantes variables (primes, commissions, avantages en nature), le poste, le niveau conventionnel, l'ancienneté, le temps de travail. La directive définit la rémunération de façon large, composantes variables incluses ; un inventaire limité au salaire de base sous-estime les écarts.

Étape 2 : définir les catégories de travail de même valeur

C'est l'étape décisive. Regroupez les postes selon quatre familles de critères citées par la directive : compétences (formation, expérience requise), efforts (physiques, mentaux), responsabilités (encadrement, budget, impact des erreurs), conditions de travail (horaires, pénibilité). Une méthode simple consiste à noter chaque poste sur ces critères, puis à regrouper les scores proches. Documentez la méthode : c'est elle que vous devrez présenter pour justifier un écart.

Critère Exemples de sous-critères Pondération type
Compétences Diplôme requis, expérience, technicité, langues 30 à 40 %
Efforts Charge mentale, effort physique, concentration 10 à 20 %
Responsabilités Encadrement, budget, relation client, conformité 25 à 35 %
Conditions de travail Horaires, déplacements, exposition 10 à 20 %

Les pondérations sont indicatives : la directive exige qu'elles soient objectives et non sexistes, ce qui signifie notamment ne pas surpondérer des critères associés à des métiers majoritairement masculins.

Étape 3 : fixer les critères de progression

L'article 6 demande que les critères de fixation et de progression de la rémunération soient accessibles aux salariés (l'État peut dispenser les employeurs de moins de 50 salariés pour la progression). Écrivez-les : ancienneté, évaluation, certification, mobilité, résultats. Excluez tout critère qui reproduit un écart de genre, comme la disponibilité en dehors des horaires.

Étape 4 : construire les fourchettes par niveau

Pour chaque catégorie, déterminez un minimum, un maximum et un point de référence. Ces fourchettes servent directement aux offres d'emploi (obligations au recrutement) et aux réponses aux demandes d'information. Une fourchette large de plus de 30 % à l'intérieur d'une même catégorie appelle une justification par les critères de progression.

Étape 5 : mesurer les écarts et corriger

Calculez, par catégorie, l'écart moyen et médian entre femmes et hommes. Tout écart d'au moins 5 % doit soit être justifié par les critères objectifs (ancienneté, niveau, résultats documentés), soit être corrigé. L'article 10 laisse six mois après le rapport pour corriger avant l'évaluation conjointe ; corriger avant le premier rapport, dû au plus tard le 7 juin 2027 pour les employeurs de 150 salariés et plus, évite la procédure. Le détail des seuils figure dans le reporting par taille.

Étape 6 : communiquer et faire vivre la grille

Mettez les critères à disposition des salariés d'une manière facilement accessible (intranet, livret), informez-les une fois par an de leur droit à l'information, organisez le circuit de réponse sous deux mois, et associez le CSE lorsqu'il existe. Révisez la grille à chaque campagne de rémunération : la transparence est un exercice annuel, pas un projet ponctuel.

Erreurs fréquentes

Exemple : une PME de services de 90 salariés

Cette entreprise compte des consultants, des chefs de projet, des développeurs, des commerciaux et des fonctions support. Elle n'a pas de rapport d'écart à produire (seuil de 100 salariés) mais doit publier des fourchettes, répondre aux demandes d'information et rendre ses critères accessibles. Elle note chaque poste sur les quatre familles de critères et obtient six catégories, dont une qui regroupe chefs de projet et consultants seniors, jusque-là séparés. Le calcul des écarts sur cette catégorie révèle 6 % en défaveur des femmes, expliqué pour moitié par l'ancienneté et pour moitié par des augmentations individuelles non documentées. Elle corrige la seconde moitié lors de la campagne de rémunération suivante et documente la première. Ses offres d'emploi reprennent les fourchettes de chaque catégorie.

Faut-il un logiciel ?

Pour moins de 50 salariés, un tableur suffit si la méthode est écrite et les calculs reproductibles. Au-delà, un outil qui rattache chaque salarié à une catégorie, calcule les sept indicateurs de l'article 9 et conserve l'historique des justifications évite les erreurs et fait gagner du temps chaque année. Le critère de choix n'est pas le calcul, que n'importe quel outil fait, mais la traçabilité : pouvoir montrer, deux ans plus tard, pourquoi tel poste a été classé dans telle catégorie.

Ce que la grille ne règle pas seule

Une grille conforme n'empêche pas les écarts d'apparaître dans les décisions individuelles : augmentations, primes discrétionnaires, promotions. C'est là que se logent la plupart des 5 %. Une revue annuelle des décisions individuelles par catégorie et par sexe, avant la campagne de rémunération, est le complément indispensable de la grille.

Confondre catégorie socioprofessionnelle et travail de même valeur ; exclure les composantes variables ; justifier un écart par « la négociation individuelle », qui n'est pas un critère objectif ; construire des fourchettes après coup pour coller aux salaires existants. Un logiciel RH qui gère classification, fourchettes et écarts par catégorie réduit ces erreurs ; l'essentiel reste la méthode documentée. Le simulateur vous rappelle les échéances qui s'appliquent à votre effectif.

Questions fréquentes

Une grille salariale est-elle obligatoire ?

La directive n'impose pas de grille en tant que telle, mais elle impose des critères de rémunération objectifs et non sexistes accessibles aux salariés (article 6), des fourchettes fondées sur ces critères (article 5) et des écarts par catégorie de travail de même valeur (article 9). Une grille est le moyen le plus simple de satisfaire les trois.

Qu'est-ce qu'un travail de même valeur ?

Un travail comparable selon des critères objectifs et non sexistes : compétences, efforts, responsabilités, conditions de travail. Deux intitulés différents peuvent relever de la même catégorie ; deux intitulés identiques peuvent en relever de différentes.

Faut-il publier la grille ?

La directive demande que les critères soient facilement accessibles aux salariés, pas nécessairement publiés à l'extérieur. Les fourchettes des offres, elles, sont publiques par nature.

Sources officielles

Faits vérifiés le 10 septembre 2026. Voir la méthodologie.